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Fertilisation optimale

Fertilisation à l'azote

Optimiser l’utilisation de l’azote et lutter contre le rejet de nitrates est dans l’intérêt de tous ! Partez du bon pied en respectant ces conseils ainsi que les bonnes pratiques agricoles.

Avant la culture

Qualité du sol

Une bonne qualité de sol est cruciale pour une absorption efficace des nutriments. La qualité du sol est déterminée par des composantes physiques, chimiques et biologiques. Les propriétés physiques du sol déterminent le rapport eau/air. Elles veillent d’une part à un apport d’eau et de nutriments suffisant dans l’environnement radiculaire et d’autre part à l’apport de l’oxygène nécessaire pour permettre au tissu racinaire de croître et de fonctionner. La composante chimique assure une réserve équilibrée de minéraux dans la zone radiculaire ainsi qu’une acidité (pH) optimale, laquelle contribue à réguler l’absorption des minéraux. La fertilité biologique fait référence aux macro- et micro-organismes présents dans le sol. Une grande variété d’organismes vivants dans le sol favorise la libération des nutriments depuis la matière organique, ainsi qu’un sol plus sain, ce qui stimule, par exemple, le développement des racines.

Les propriétés physiques, chimiques et biologiques du sol sont étroitement liées. Le rapport air/eau détermine la quantité d’organismes vivants, qui à son tour renforce la fertilité chimique par la libération de minéraux.

Des plantes saines dans un sol sain. Le site www.nematoden.be/nl/  propose un vaste éventail d’informations concernant l’anguillule des pommes de terre (Globodera) et des racines (Meloidogyne). Il ne s’agit pas seulement d’examiner ce en quoi consistent ces anguillules, mais également leur importance, la façon de les contrôler ainsi que la législation en la matière.

La matière organique constitue un élément clé pour obtenir un sol aux bonnes propriétés physiques, chimiques et biologiques. Elle permet de mieux retenir l’eau et les nutriments dans le sol. Elle renforce également la présence d’organismes vivants dans le sol et veille à un rapport équilibré entre champignons et bactéries, de quoi assurer une liaison stable des particules du sol. Une meilleure composition du sol permet d’éviter l’envasement ou le lessivage des terres fertiles et favorise le développement des racines.

Conclusion : Faites en sorte d’obtenir un sol de bonne qualité présentant les propriétés physiques, chimiques et biologiques adéquates.

pH optimal

L’acidité (pH) du sol constitue un autre élément important pour déterminer le niveau d’azote dont votre sol et votre plante ont besoin. Elle détermine en effet les nutriments que la plante sera en mesure d’absorber.

Selon les données de RequaSud (laboratoires provinciaux d’analyse des sols), les valeurs de pH KCl des sols wallons restent globalement stables, ou tendent à augmenter. En grande culture, ils sont corrects de tendance neutre à légèrement alcalin et d’une manière générale plus acides en prairies. Malheureusement, près de la moitié des terres arables en Flandre ont un pH trop bas, empêchant ainsi une absorption optimale des nutriments.

Heureusement, des moyens existent pour optimiser cette acidité. L’apport régulier d’engrais calcique (carbonate de calcium) peut faire une grande différence. L’un des plus vieux principes de l’agronomie (loi de Liebig) stipule que le nutriment qui le premier vient à manquer détermine le rendement, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. L’ajout d’un nutriment déjà abondant (p. ex. l’azote), tandis que d’autres nutriments (ou oligoéléments) ne sont pas présents dans des proportions suffisantes, n’aura donc pas l’effet escompté. L’interaction et l’équilibre entre les nutriments constituent un autre aspect important : ils peuvent être favorables, par exemple lorsque le phosphore stimule la croissance des racines et donc l’absorption d’eau et d’autres nutriments, mais aussi défavorables, lorsqu’une présence excessive de potassium entrave l’absorption de magnésium.

Pour les pommes de terre, le pH ou taux d’acidité idéal se situe généralement entre 6 et 6,5.

© Potas development association

Travail du sol

Les bonnes pratiques agricoles déconseillent de travailler dans les champs par temps trop humide. Cela risque effectivement d’entraîner une compression du sol et de perturber le rapport air/eau. Le sol manque alors d’oxygène, ce qui entrave le développement des racines. En cas de sol humide, la liaison des particules est fragilisée et se rompt ainsi sous la pression exercée par le travail du sol, endommageant sa structure. Avec un labour en conditions trop humides, les semelles de labour risquent d’être trop compactes et de limiter la profondeur d’enracinement des plantes. Il est donc important de choisir le moment adéquat pour travailler le sol (une tâche souvent ardue en Belgique), mais également d’éviter l’érosion. Ainsi, dans la mesure du possible, appliquez la technique du cloisonnement des interbuttes, y compris sur les parcelles non sujettes à l’érosion.

Index-azote

Comment évaluer correctement les besoins d’une culture en azote ?

Une fertilisation optimale à l’azote dépend de nombreux éléments. Les facteurs spécifiques à la parcelle, tels que la rotation des cultures, l’utilisation d’effluents d’élevage et le type de sol, sont très importants pour estimer les besoins en azote. Mais il faut également tenir compte des conditions météorologiques, car les précipitations et la température influent sur la minéralisation. L’apport optimal d’azote exige un juste équilibre entre les facteurs d’approvisionnement et les facteurs de perte. Les facteurs d’approvisionnement sont la fertilisation, le dépôt, la minéralisation de la matière organique et la fixation de l’azote par le biais de cultures légumineuses. Les facteurs de perte sont le lessivage, le ruissellement, l’immobilisation et la dénitrification. Bien entendu, tous ces facteurs sont spécifiques à la culture et déterminés par les conditions végétatives. Ainsi, la dénitrification (bactéries qui convertissent le nitrate en azote gazeux) est un phénomène touchant plus largement les sols pauvres en oxygène, tandis que la volatilisation ammoniacale concerne davantage les sols présentant un pH élevé.

L’index-azote est une méthode qui permet de formuler des recommandations en matière de fertilisation azotée pour une culture et une parcelle spécifiques, en tenant compte de l’historique de la parcelle concernée. L’index-azote évalue la quantité d’azote minéral qui sera disponible pour une culture de pommes de terre au cours de la période végétative. L’azote présent dans le sol au début de la culture ainsi que l’azote libéré par minéralisation sont pris en compte en plus de 16 autres facteurs. Des recommandations en matière de fertilisation sont ensuite formulées pour maximiser le rendement dans le chef de l’agriculteur tout en minimisant l’impact sur l’environnement. La même méthode est utilisée pendant la saison de croissance et, par exemple, après une fertilisation de base réduite, pour obtenir des recommandations pour une fertilisation fractionnée sur la base d’une analyse du sol. Ceci est particulièrement important pour la culture des pommes de terre.

Cette méthode, même si elle est intéressante, a ses limites. La méthode de calcul repose sur des constats établis avant le début de la saison végétative ainsi que sur des moyennes annuelles. Ce faisant, elle ne tient pas compte du déroulement de la saison végétative. Toutefois, une utilisation optimale requiert une bonne estimation du moment auquel les nutriments seront libérés. Si des effluents d’élevage sont utilisés, une analyse chimique s’impose pour connaître leur composition exacte. C’est indispensable pour inclure cette source de nutriments dans le schéma de fertilisation tout en respectant les bonnes pratiques agricoles.

Évaluez correctement les besoins et l’efficacité des engrais organiques et minéraux sur votre parcelle en vous basant par exemple sur des analyses de sol.

Pendant la culture

Entretien adéquat des techniques de fertilisation

En matière de fertilisation, le moindre détail a son importance. L’utilisation d’engins agricoles correctement réglés vous permet d’épandre ou de pulvériser les engrais avec une grande précision, ce qui présente deux grands avantages :

  • un avantage économique, car les engrais sont appliqués là où la plante peut les absorber ;
  • un avantage écologique, car cela réduit le risque de rejet d’engrais dans l’environnement.

La technologie peut apporter une aide précieuse à cet égard, notamment grâce aux techniques de fertilisation avec système anti-dérive (pour les engrais liquides), à la fertilisation sur la ligne, au RTK guidé par GPS pour éviter les chevauchements et assurer une répartition uniforme sur le champ, etc.

L’entretien et le nettoyage réguliers et minutieux de l’épandeuse contribuent au bon fonctionnement et à la longévité de l’engin.

Apport fractionné d’engrais pendant la saison végétative

L’application d’engrais en plusieurs passages plutôt qu’en un seul présente de nombreux avantages. Elle offre une véritable plus-value dans un climat de plus en plus capricieux où se succèdent de longues périodes de sécheresse et de mois humides. Un système de fertilisation fractionnée présente l’avantage d’appliquer une quantité adéquate d’azote au moment précis où la culture en a besoin afin d’en maximiser le rendement et la qualité. La culture peut ainsi absorber les nutriments qu’on lui apporte, prévenant leur lessivage.

Dans un système de fertilisation fractionnée, il convient d’appliquer initialement 50 à 70 % de la quantité d’azote recommandée. La quantité restante sera appliquée en fonction des besoins de la culture, selon une répartition déterminée sur la base d’une analyse de sol intermédiaire et/ou d’une surveillance des pommes de terre. Si l’application initiale est constituée d’effluents d’élevage, il faut tenir compte de leur coefficient de performance ainsi que de l’apport maximal en zones sensibles aux nitrates. Ensuite, il est conseillé d’effectuer une analyse de l’azote quatre semaines après l’application et de fertiliser en fonction des recommandations.

Analyse de sol intermédiaire : son but consiste à déterminer l’évolution moyenne de l’absorption d’azote par la culture. Ce calcul se base sur un rendement de 50 tonnes par hectare, sur la réserve d’azote nécessaire dans le sol ainsi que sur la minéralisation souterraine de l’azote. Si la réserve et la minéralisation ne suffisent pas à couvrir les besoins en azote selon la courbe d’absorption, des engrais sont ajoutés pour obtenir le niveau souhaité.

Surveillance des pommes de terre : des capteurs permettent de surveiller précisément le modèle de réflexion de la culture de pommes de terre. Ce modèle de réflexion est lié à la biomasse (indice de végétation) et à la teneur en azote de la culture. Des cartes de tâche créées à l’aide de coordonnées GPS permettent d’appliquer un supplément d’engrais aux endroits précis où la culture en a besoin. La quantité d’azote à appliquer correspond à la valeur cible de la culture, diminuée de la quantité d’azote disponible mesurée.

Utilisez des techniques telles que des analyses de sol intermédiaires et la surveillance pour déterminer la quantité d’engrais à ajouter.

Fertilisation ciblée

En scannant le sol, il est possible d’optimiser l’apport d’azote en fonction des caractéristiques variables du sol au sein d’une même parcelle et d’éviter ainsi que certaines zones reçoivent une quantité excessive d’azote et d’autres pas assez.

Ce type d’analyse permet de cartographier rapidement et à peu de frais les différentes caractéristiques du sol d’une parcelle. Les principaux éléments analysés sont le pH et la matière organique, mais les capteurs de sol les plus récents (spectographes VisNIR) permettent également d’estimer la quantité de certains nutriments (potassium, phosphore, magnésium, etc.). Les données relevées par les capteurs sont utilisées pour créer des cartes de tâche spécifiques qui, sur la base des différences de fertilité et de coordonnées GPS, permettent d’adapter la fertilisation azotée en fonction de la teneur en matières organiques et donc de la minéralisation.

Utilisez les dernières technologies pour optimiser le dosage au sein de la parcelle et fractionnez la fertilisation pour répondre plus efficacement aux conditions végétatives.

Après la culture

Cultures dérobées

Les cultures dérobées empêchent le lessivage des nutriments qui n’ont pas été absorbés par le plant de pomme de terre. Non seulement elles fixent les nutriments, mais apportent également de la matière organique et atténuent l’érosion par l’eau et par le vent. Les cultures dérobées qui peuvent être semées après des pommes de terre dépendent du moment de la récolte. Le radis oléifère et la moutarde blanche sont sensibles au gel et doivent de préférence être semés avant la mi- ou la fin septembre, le ray-grass doit être semé avant la fin septembre (même si le ray-grass italien peut l’être jusqu’à la mi-octobre moyennant de bonnes conditions végétatives), tandis que le seigle et l’avoine japonaise peuvent être semés jusqu’à la fin octobre (calendrier indicatif). Un mélange de cultures dérobées peut également s’avérer judicieux, car il permet de disposer en permanence d’une variété efficace. L’efficacité des cultures dérobées, comme la quantité d’azote fixée, est étroitement liée à la biomasse formée, laquelle est déterminée par la date de semis et les conditions végétatives. Plus les semis sont précoces et plus il y a formation d’une biomasse, plus les cultures dérobées peuvent fixer une quantité importante d’azote dans le sol.

© BELFertil

La recherche montre un lien clair entre l’absorption d’azote et la somme des températures après le semis de cultures dérobées. En partant du principe que la plante absorbe environ 15 % de l’azote qu’elle capte en surface, on peut en conclure qu’une culture dérobée fixe à peu près 115 kg d’azote par hectare lorsqu’elle est semée à la mi-août. Si le semis a lieu plus tard en octobre, l’absorption tombe à 15 kg par hectare (attention, les périodes indiquées sont indicatives). Avec des semis plus tardifs, la culture dérobée n’absorbera pratiquement plus d’azote, à l’exception des céréales d’hiver qui peuvent germer et se développer moyennant de bonnes conditions.

Pour la culture suivante, tenez compte de l’azote résiduel issu des cultures dérobées.

L’empreinte écologique

Vous avez certainement déjà remarqué que l’empreinte de la production et de la consommation alimentaire constitue aujourd’hui une question prioritaire. Émissions de gaz à effet de serre, émissions d’azote, gaspillage alimentaire, etc. Les transformateurs et les distributeurs y accordent une attention croissante et impliquent désormais aussi la chaîne d’approvisionnement. Les producteurs de pommes de terre ont donc tout intérêt à connaître précisément l’ampleur de leur empreinte.

Il existe plusieurs initiatives locales visant à cartographier l’impact carbone de votre exploitation agricole, dont le projet Klimrek. À l’échelon international, citons également l’outil Cool Farm. Cet outil d’aide à la décision permet aux agriculteurs du monde entier d’évaluer leur méthode de travail et de voir comment réduire leur empreinte écologique au moyen d’une gestion appropriée du sol. En tant qu’agriculteur, il peut également vous aider à documenter vos efforts et vos résultats en termes d’émissions de gaz à effet de serre de manière à en informer vos clients. Dans la culture de la pomme de terre, il permet par exemple de voir exactement dans quelle mesure chaque étape du processus de culture contribue à la production de CO2.

L’outil Cool Farm se concentre actuellement sur les gaz à effet de serre, la biodiversité, l’utilisation de l’eau ainsi que les pertes et le gaspillage alimentaires. L’outil Cool Farm fournit aux agriculteurs et aux entreprises des indicateurs leur permettant de communiquer sur le développement durable, de démontrer les avantages des pratiques régénératrices et du piégeage du carbone, et de faire rapport sur les objectifs de réduction.